Objectif
Promouvoir des approches pédagogiques équitables, antidiscriminatoires et représentatives qui valorisent la diversité des langues, des identités et des parcours. Faire de l’inclusion un choix éducatif qui rend chaque élève visible et en mesure de réussir.
Pour bâtir une culture d’inclusion durable, il est essentiel d’agir directement sur les pratiques d’enseignement afin qu’elles soient plus inclusives, mais aussi anti-oppressives. Les pédagogies anti-oppressives visent à transformer l’enseignement en un levier de justice sociale en remettant en question les dynamiques de pouvoir qui marginalisent certains groupes d’élèves. Elles reconnaissent les savoirs, les vécus et les identités multiples des élèves et créent des environnements d’apprentissage où chaque personne peut se sentir en sécurité, valorisée et outillée pour réussir. Ces pratiques ne sont pas des ajouts ponctuels, mais bien des approches intégrées, cohérentes et ancrées dans la réalité des salles de classe, des écoles et du système scolaire.
Fondements pédagogiques d’une culture d’inclusion
Pour bâtir une culture d’inclusion durable, il est essentiel de s’appuyer sur des fondements pédagogiques solides qui remettent en question les rapports de pouvoir et reconnaissent la complexité des identités vécues en milieu scolaire. Les deux sections ci-dessous présentent les bases critiques sur lesquelles reposent des pratiques véritablement inclusives.
Pédagogies anti-oppressives et ancrées dans la réalité des élèves
Les pédagogies anti-oppressives remettent en cause les normes dominantes et les rapports de pouvoir au sein de l’école. Elles visent à créer un espace où les élèves peuvent se reconnaître, remettre en question les inégalités et devenir des agentes et des agents de changement. Elles reposent sur l’écoute active, le dialogue critique et l’implication active des élèves dans leur apprentissage. Cela exige de réfléchir à l’attitude professionnelle, aux curriculums transmis et à l’environnement scolaire comme un lieu possible de reproduction des oppressions ou de transformation de celles-ci.
Les exemples concrets de situations pédagogiques présentés ci-dessous reflètent une pédagogie anti-oppressive et une planification intersectionnelle.
(MED insérer document PDF Planification intersectionnelle 04-05-planification-intersectionnelle)
Cadres de planification inclusifs
Créer un environnement d’apprentissage inclusif commence bien avant l’entrée de l’élève en salle de classe. Cela se construit dès la planification des unités, des leçons et des évaluations. Intégrer dans sa pratique de l’enseignement des cadres de planification inclusifs, tels que la conception universelle de l’apprentissage (CUA), la pédagogie sensible et adaptée à la culture (PSAC) et les approches plurilingues, aide à concevoir des expériences d’apprentissage ancrées dans la diversité, la reconnaissance des parcours individuels et l’accessibilité universelle.
Conception universelle de l’apprentissage (CUA)
La conception universelle de l’apprentissage (CUA) est une approche proactive de la planification qui anticipe la variabilité des profils d’élèves. Plutôt que d’ajuster les pratiques après coup, la conception universelle de l’apprentissage vise à concevoir dès le départ un enseignement accessible à toutes et à tous les élèves. Elle repose sur trois principes.
- Multiples moyens de représentation : fournir l’information de différentes façons (texte, audio, visuel, manipulation).
- Multiples moyens d’action et d’expression : permettre aux élèves de montrer leur compréhension de différentes manières.
- Multiples moyens d’engagement : offrir des choix aux élèves, relier les contenus aux champs d’intérêt des élèves et créer un climat d’apprentissage sécuritaire.
La section Conception universelle de l’apprentissage (CUA) et pédagogie accessible offre une explication détaillée de l’approche ainsi que des exemples.
Pédagogie sensible et adaptée à la culture (PSAC)
La pédagogie sensible et adaptée à la culture (PSAC) mise sur une reconnaissance active des réalités culturelles, sociales et linguistiques des élèves. Elle considère la culture comme une force à valoriser dans la salle de classe et non comme un obstacle à surmonter.
Cette approche :
- favorise une posture de curiosité respectueuse envers les référents des élèves;
- intègre les expériences des élèves dans la planification pédagogique et les exemples utilisés;
- utilise les pratiques de narration, de dialogue et de coopération comme des moyens d’action pédagogiques;
- crée un climat relationnel sécuritaire où les identités multiples peuvent s’exprimer sans crainte.
Exemple : Dans un cours de langue, inviter les élèves à faire connaître au groupe-classe une chanson ou un conte de leur culture d’origine, puis à en dégager les valeurs ou les thèmes universels liés au curriculum.
La section Différenciation pédagogique et PSAC : des approches pédagogiques accessibles offre une explication détaillée et des exemples de l’approche.
Intégration du plurilinguisme et des identités culturelles
Accueillir les langues dominantes et les parcours migratoires comme des ressources cognitives et identitaires transforme le rapport à l’apprentissage. L’intégration à l’enseignement du plurilinguisme contribue :
- à valider les compétences langagières des élèves allophones;
- à utiliser le « translanguement » (passage fluide entre les langues) pour soutenir la compréhension;
- à favoriser l’inclusion des familles en reconnaissant la richesse linguistique du foyer;
- à diminuer le sentiment d’infériorité linguistique souvent intériorisé par les élèves provenant de minorités.
Exemple : Dans une activité d’écriture, permettre aux élèves d’écrire un brouillon dans la langue de leur choix, puis de le retravailler avec l’appui d’une ou d’un autre élève ou d’un outil de traduction la langue choisie vers le français. Utiliser un glossaire multilingue pour les affiches de la salle de classe.
Le site Web Les approches plurilingues dans les écoles de langue française de l’Ontario (Le Centre franco) offre une explication détaillée de l’intégration du plurilinguisme à l’enseignement, ainsi que des exemples.
Pratiques pédagogiques et ressources représentatives
Dans une culture scolaire inclusive, l’enseignement ne se limite pas à transmettre des savoirs neutres ou universels. Il reconnaît la diversité des expériences humaines et veille à ce que chaque élève puisse se reconnaître dans les contenus proposés aux perspectives variées. Cela implique des choix pédagogiques réfléchis qui allient différenciation, représentativité et engagement critique.
Représentativité dans les ressources pédagogiques
Il est essentiel que les ressources utilisées en salle de classe (livres, textes, vidéos, images, problèmes mathématiques, études de cas, etc.) reflètent la pluralité des réalités humaines. Cela comprend les éléments suivants :
- des personnages ainsi que des auteures et des auteurs de diverses identités ethnoculturelles, linguistiques, religieuses, autochtones, 2ELGBTQIA+ et de genre ou en situation de handicap;
- des contextes sociaux variés (milieux ruraux et urbains, familles recomposées, statuts migratoires différents, etc.);
- une représentation qui va au-delà des clichés ou du folklore pour valoriser les voix contemporaines et engagées.
Les membres du personnel enseignant peuvent effectuer une vérification critique de leurs ressources actuelles pour déterminer les lacunes de représentativité et diversifier les corpus utilisés.
Projets ancrés dans la justice sociale, les droits de la personne et l’environnement
Offrir aux élèves des occasions de s’engager activement dans des projets porteurs de sens les aide à lier l’apprentissage aux réalités vécues. Ces projets peuvent comprendre :
- des enquêtes locales sur un enjeu social ou environnemental (pauvreté, accès à l’eau potable, transport, biodiversité, etc.).
- des campagnes de sensibilisation (affiches, balados, exposés) axées sur des thèmes, comme l’égalité des genres, la lutte contre le racisme ou les droits des enfants.
- des collaborations avec des organismes communautaires pour des actions concrètes (bénévolat, murales, collectes).
Grâce à ces projets, les élèves peuvent développer leur pensée critique, leur empathie et leur agentivité tout en mobilisant les savoirs scolaires dans des contextes authentiques.
Inclusion d’activités interdisciplinaires à l’enseignement offrant des voix et des choix aux élèves (agentivité)
L’intégration de projets interdisciplinaires à l’enseignement contribue à aborder des enjeux complexes de façon générale et contextualisée. En offrant aux élèves des voix (possibilité d’échanger au sujet de leurs idées, de leurs identités et de leurs expériences) et des choix (diverses façons de montrer leurs apprentissages), les membres du personnel enseignant favorisent chez l’élève une plus grande appropriation du savoir.
Exemples :
- Créer une exposition d’art portant sur les identités et les origines culturelles.
- Concevoir un journal scolaire multilingue ou un balado portant sur les droits des jeunes.
- Développer des capsules vidéo au sujet de figures inspirantes issues de communautés sous-représentées.
- Réaliser un projet de design mathématique ou technologique visant l’accessibilité dans l’école.
Évaluation inclusive
L’évaluation est une action fondamentale qui soutient la réussite, l’engagement et l’équité. Elle ne se limite pas à mesurer les acquis des élèves. Elle informe également au sujet de l’enseignement, valorise les forces et façonne les trajectoires scolaires. Pour que l’évaluation soit inclusive, elle doit être variée, équitable, sensible culturellement et alignée sur les besoins des élèves, tout en étant accompagnée de pratiques réflexives de la part du personnel enseignant.
Approches variées d’évaluation formative et sommative
- Intégrer à l’évaluation plusieurs moyens d’expression : productions écrites, orales, visuelles, numériques, artistiques.
- Utiliser des portfolios, des projets, des autoévaluations ou des observations documentées.
- Favoriser l’évaluation continue et descriptive plutôt qu’un jugement ponctuel.
- Permettre des reprises, des ajustements et des discussions sur les rétroactions.
- Adopter des outils, comme les carnets d’apprentissage, les vidéos réflexives ou les entrevues formatives.
Pratiques évaluatives non subjectives, équitables et accessibles
- Éviter les tâches d’évaluation ou des contextes culturels qui désavantagent certains groupes.
- Adapter les consignes (langage clair, symboles visuels, traductions, reformulations).
- Reconnaître les biais cognitifs potentiels dans l’évaluation du comportement, du langage ou du style de communication.
- Offrir des options dans la manière de démontrer les apprentissages.
- S’assurer que les aménagements ne sont pas perçus comme une injustice, mais comme une condition d’équité.
Stratégies non subjectives pour l’évaluation et la rétroaction
- Adopter une attitude axée sur la réflexion : remettre en question ses propres attentes, interprétations et automatismes (par exemple : À qui donne-t-on le plus souvent des rétroactions positives? Qui reçoit davantage de commentaires négatifs?).
- Analyser les tendances liées à l’évaluation par groupes d’élèves (genre, origine, statut, besoins particuliers) pour détecter les écarts.
- Utiliser un langage de rétroaction centré sur les compétences et non basé sur les jugements personnels, les stéréotypes ou les généralisations (par exemple, « tu es toujours… », « tu ne fais jamais… »).
- Valoriser la progression et l’effort, particulièrement pour les élèves provenant de groupes méritant l’équité.
- Prendre conscience des microagressions liées à l’évaluation, comme ignorer une réponse valide parce qu’elle est exprimée différemment.
- Demander une rétroaction des élèves sur les pratiques d’évaluation pour les ajuster (par exemple : Qu’est-ce qui vous aide le plus à comprendre comment vous améliorer?).
Pour mieux comprendre les orientations des programmes-cadres, consulter la ressource Considérations concernant la planification du programme – Droits de la personne, équité et éducation inclusive (Ministère de l’Éducation de l’Ontario).
Communautés d’apprentissage professionnelles centrées sur l’ÉDIA
- Créer des groupes d’apprentissage, composés de collègues, qui abordent des thèmes comme l’anti-oppression, l’intersectionnalité, la pédagogie culturellement pertinente ou la santé mentale inclusive.
- Analyser collectivement des données désagrégées (résultats, climat scolaire, participation) pour déterminer les inégalités et adapter les pratiques.
- Mettre en place des cercles d’étude en vue de faire des lectures critiques ou d’examiner des cas concrets rencontrés dans les écoles.
- Encourager la recherche collaborative-action (par exemple, enquêtes auprès des élèves, projets de transformation locale).
- Valoriser l’expérimentation pédagogique et les échanges sur les pratiques exemplaires.
Coaching pédagogique et mentorat portant sur l’inclusion
- Former des mentors ou des coachs pédagogiques qui assurent un accompagnement en matière d’équité, de diversité et d’inclusion (par exemple, PSAC, différenciation, évaluation inclusive).
- Offrir du coaching individualisé pour soutenir les transitions pédagogiques complexes (par exemple, passage à une pédagogie anti-oppressive, adaptation aux profils variés des élèves).
- Intégrer l’équité, la diversité, l’inclusion et l’accessibilité (ÉDIA) dans les plans de mentorat pour le nouveau personnel enseignant.
- Encourager le mentorat croisé : directions, enseignantes et enseignants expérimentés et novices qui travaillent ensemble sur des défis inclusifs.
Modélisation de pratiques inclusives et soutien à l’innovation pédagogique
- Permettre aux directions ainsi qu’aux conseillères et aux conseillers pédagogiques de coanimer des leçons ou d’observer des pratiques inclusives pour modéliser le changement.
- Mettre en place des « vitrines » de contenus pédagogiques et de ressources dans le conseil scolaire pour faire rayonner les pratiques efficaces ou nouvelles.
- Financer des projets pilotes axés sur la transformation des environnements d’apprentissage inclusifs.
- Encourager une culture de curiosité, de prise de risque et de rétroaction sécuritaire.
- Allouer du temps pour l’analyse critique de son attitude et poursuivre son développement professionnel.
Mise en place des mécanismes de suivi et d’évaluation des pratiques inclusives
Pour que les efforts sur les plans de l’équité et de l’inclusion aient une portée réelle, ils doivent être accompagnés de mécanismes rigoureux de suivi, de réflexion critique et d’ajustement. L’évaluation ne se limite pas aux résultats scolaires. Elle englobe l’expérience vécue des élèves, la transformation des pratiques pédagogiques et la capacité des milieux scolaires à évoluer vers plus de justice, d’inclusion et d’appartenance.
Utilisation d’outils comme les profils du continuum de l’inclusion
Le Continuum en matière d’équité et d’éducation inclusive (Le Centre franco) aide les écoles et les conseils scolaires à situer leur culture organisationnelle en fonction de différents profils allant de l’exclusion à l’inclusion transformationnelle. Ces profils offrent un cadre pour planifier, observer et documenter le développement d’une culture inclusive dans une logique de progression. Les équipes peuvent s’en servir collectivement pour repérer les forces, les angles morts et les priorités d’action liés aux pratiques pédagogiques, à la gouvernance ou aux relations école-communauté.
Collecte de données désagrégées sur l’engagement et la réussite
La collecte et l’analyse de données désagrégées selon différentes identités (genre, race, statut migratoire, capacité, orientation sexuelle, etc.) contribuent à repérer les inégalités sur le plan systémique souvent invisibles dans les moyennes générales. Les données peuvent comprendre les résultats scolaires, les suspensions, l’engagement dans les activités parascolaires, les signalements d’intimidation, les réponses aux sondages portant sur le climat scolaire, etc. Elles doivent être interprétées avec sensibilité et croisées avec des données qualitatives (témoignages, récits, observations) pour mieux comprendre les expériences des élèves.
Autoévaluations des pratiques pédagogiques à l’aide de référentiels d’inclusion
Les membres du personnel enseignant peuvent évaluer leurs pratiques à l’aide de grilles ou de référentiels (par exemple, profils d’un membre du personnel enseignant inclusif, référentiel PSAC, indicateurs de pédagogies anti-oppressives). Du temps de discussion entre collègues peut être alloué afin de réfléchir aux pratiques, d’échanger des rétroactions bienveillantes et de formuler des objectifs de croissance professionnelle axés sur l’inclusion. De plus, il importe d’encourager une culture réflexive dans laquelle l’autoévaluation est valorisée comme un outil de développement, et non comme un jugement.
(MED insérer document Word-Google Exemple de grille d’autoévaluation pour le personnel enseignant : Pratiques pédagogiques inclusives et équitables 04-05-grille-autoevaluation)