Objectif
Soutenir le développement de pratiques pédagogiques inclusives, équitables et culturellement sensibles, tout en favorisant des relations authentiques et réciproques avec les communautés afin de créer des milieux d’apprentissage ancrés dans la justice sociale, la réussite et l’appartenance pour chaque élève en contexte francophone minoritaire.
La décolonisation
La décolonisation en éducation consiste à remettre en question les structures, les pratiques et les savoirs façonnés par l’histoire coloniale, afin de reconnaître et de réparer les torts systémiques qui ont marginalisé les Premiers Peuples et leurs savoirs.
Différentes actions peuvent être entreprises :
Cette démarche s’appuie sur des engagements internationaux, comme la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (Nations Unies – Développement de l’information de l’ONU) qui affirme que :
« Les peuples autochtones ont le droit de revivifier, d’utiliser, de développer et de transmettre aux générations futures leur histoire, leur langue, leurs traditions orales, leur philosophie, leur système d’écriture et leur littérature, ainsi que de choisir et de conserver leurs propres noms pour les communautés, les lieux et les personnes. »
« Les peuples autochtones ont le droit d’établir et de contrôler leurs propres systèmes et établissements scolaires où l’enseignement est dispensé dans leur propre langue, d’une manière adaptée à leurs méthodes culturelles d’enseignement et d’apprentissage. »
Décoloniser l’éducation, c’est aller au-delà de l’ajout de contenus pédagogiques autochtones. C’est adopter une attitude critique, humble et engagée qui vise à transformer les systèmes et non à intégrer les Premiers Peuples à un système déjà existant. Cela exige un travail constant de désapprentissage, de coconstruction et de réparation.
Cette démarche s’inscrit également dans les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation (2012) et elle rejoint les principes de l’humilité culturelle et relationnelle, essentiels à un leadership éducatif équitable.
Exemples de démarches liées à la décolonisation à différents niveaux du système scolaire
Les exemples suivants illustrent des actions concrètes pour incarner les principes de décolonisation, de réparation, de collaboration et de reconnaissance des savoirs autochtones.
Au conseil scolaire – Changer les structures et les partenariats
Exemple : Mise en place d’un comité d’éducation autochtone décisionnel
Chaque conseil scolaire doit créer un comité permanent composé de personnes aînées, de personnes représentant les communautés autochtones locales, de parents autochtones, de membres du personnel et d’élèves autochtones. Ce comité ne se contente pas de revêtir un rôle consultatif. Il codécide des orientations, des ressources pédagogiques ainsi que des approches d’accompagnement culturel et spirituel, en plus de participer à la planification stratégique.
Autres exemples :
À l’école – Changer la culture et les pratiques relationnelles
Exemple : Création d’un espace culturel autochtone vivant
Une école transforme un local en espace culturel autochtone permanent, en le coconstruisant avec la communauté. Ce local accueille des cercles de parole, des ateliers de savoirs traditionnels, des rencontres avec des personnes gardiennes du savoir, ainsi que des rituels d’ouverture et de fermeture. Les élèves peuvent y aller pour se ressourcer, recevoir du soutien ou apprendre dans un cadre non colonial.
Autres exemples :
En salle de classe – Changer les contenus et les approches pédagogiques
Exemple : Enseignement des sciences intégrant des savoirs autochtones (Two-eyed seeing)
Une personne qui enseigne, en collaboration avec une personne gardienne du savoir, intègre dans ses cours de sciences les connaissances traditionnelles autochtones au sujet des plantes médicinales, du cycle de l’eau ou des astres. Elle prend en compte les perspectives autochtones et occidentales, tout en valorisant la légitimité des deux.
Autres exemples :
Pratique réflexive
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Contenus et curriculum
Quels savoirs autochtones sont présents dans les cours offerts? Qui les a validés?
Relations communautaires
Y a-t-il des liens actifs avec les communautés ou les organisations autochtones locales?
Langue et identité
Comment les langues autochtones sont-elles reconnues ou valorisées dans les espaces scolaires?
Environnement physique
L’environnement physique reflète-t-il la présence des Premiers Peuples (territoire, symboles, œuvres, drapeaux, etc.)?
Voix des élèves et des familles autochtones
Les voix des élèves et des familles autochtones sont-elles consultées, écoutées et prises en compte dans les décisions?
Formation du personnel
Des formations sont-elles offertes au personnel sur la décolonisation, l’histoire coloniale et les savoirs autochtones?
La pédagogie anti-oppressive
La pédagogie anti-oppressive est une approche éducative transformatrice qui vise à reconnaître, à remettre en question et à démanteler les systèmes d’oppression tels que le racisme, le sexisme, le capacitisme, l’homophobie, la transphobie, le colonialisme, la xénophobie et le classisme. Elle repose sur une compréhension critique des structures sociales et institutionnelles qui perpétuent les inégalités, souvent de façon normalisée ou invisible. Cette approche va au-delà de la sensibilisation ou de la tolérance, puisqu’elle exige un engagement actif, tant personnel que collectif.
Voici trois actions clés pour concrétiser cet engagement :
Une démarche critique et intersectionnelle
Selon le document Anti-Oppressive Framework : A Primer (Elementary Teachers’ Federation of Ontario, 2024), la pédagogie anti-oppressive repose sur les principes suivants :
La justice sociale comme approche pédagogique
La justice sociale en éducation cherche à garantir que chaque élève bénéficie d’un accès équitable aux ressources, aux possibilités et à la reconnaissance, peu importe son identité ou son contexte. Elle repose sur une démarche qui va au-delà de l’inclusion. Elle vise à interroger les normes dominantes, à réduire les inégalités structurelles et à promouvoir la dignité humaine. Cette approche appelle à transformer en profondeur les politiques, les pratiques, les relations de pouvoir et les attitudes au sein des milieux d’apprentissage.
Deux dimensions essentielles : positionnement et réflexivité
D’après Kelly, Brandes et Orlowski (2004), le personnel enseignant engagé dans l’éducation à la justice sociale développe deux compétences clés, soit prendre position et agir avec réflexivité.
Les membres du personnel enseignant ne restent pas neutres. Ils reconnaissent que toute intervention pédagogique est politique. Le personnel choisit alors de s’engager activement en faveur de l’équité. Cela implique de reconnaître explicitement les inégalités et de soutenir l’action collective (grèves, mobilisations, débats critiques).
Les membres du personnel enseignant doivent constamment remettre en question leurs propres valeurs, identités et privilèges, ainsi que la manière dont ces éléments influencent leur enseignement. Le personnel enseignant est toujours engagé dans les mêmes structures qu’il cherche à transformer, ce qui exige un travail introspectif continu.
Implications pour les leaders scolaires
En tant personne exerçant un leadership éducatif, il importe de mettre en œuvre les actions suivantes.
| Exigence | Ce que cela implique |
|---|---|
| Soutenir le développement professionnel. | Former et accompagner les équipes à prendre position et à développer la réflexivité requise pour la justice sociale. |
| Encourager des pratiques démocratiques. | Favoriser des espaces d’apprentissage où les élèves et le personnel enseignant explorent les enjeux sociaux liés à leur réalité. |
| Évaluer le curriculum au moyen d’un regard critique. | Déconstruire les savoirs enseignés, les enrichir en y incluant des perspectives marginalisées et situer le contexte politique des contenus. |
| Assurer la sécurité des initiatives critiques. | Créer des conditions où le personnel enseignant peut aborder librement des sujets sensibles sans crainte de représailles. |
La justice sociale en tant qu’approche pédagogique exige un leadership conscient, engagé et introspectif qui va bien au-delà des bonnes intentions. Ce leadership est axé sur des prises de position claires, une action structurante et une posture réflexive qui transforme véritablement les milieux scolaires. Explorer la stratégie CODE (Le Centre franco) pour agir à l’aide du courage moral pour la justice sociale.
La pédagogie sensible et adaptée à la culture
Une pédagogie sensible et adaptée à la culture reconnaît que chaque élève apprend en se basant sur sa culture, sa langue, ses expériences et son identité. Elle vise à créer des environnements d’apprentissage significatifs, inclusifs et bienveillants dans lesquels l’héritage culturel de chaque personne est valorisé en tant que ressource et non vu comme un obstacle.
La représentativité
La représentativité est un pilier fondamental de la pédagogie sensible et adaptée à la culture. Elle fait en sorte que les élèves puissent se reconnaître dans les contenus, les récits, les approches pédagogiques, l’environnement scolaire et les personnes qui les accompagnent. Cela va bien au-delà de l’ajout ponctuel d’éléments culturels visibles. Il s’agit de valider pleinement les identités, les expériences, les savoirs et les visions du monde de chaque élève.
La représentativité contribue au sentiment de dignité et de légitimité. Elle renforce l’estime de soi, le sentiment d’appartenance, l’engagement scolaire et le bien-être. À l’inverse, l’absence de représentativité ou une représentation stéréotypée peut engendrer un sentiment d’exclusion, d’invisibilité ou de désengagement.
Le rapport Rêves repoussés : faire face au racisme et à la discrimination envers les Noirs dans le système d’éducation publique en Ontario (2024), de la Commission ontarienne des droits de la personne, illustre clairement ces enjeux. Des élèves de la communauté noire y témoignent de leur expérience d’invisibilité dans les ressources pédagogiques, les postes d’autorité et les références scolaires. Ce manque de représentativité nuit à leur motivation, limite leur projection dans des rôles de réussite et alimente un sentiment d’exclusion systémique.
Favoriser la représentativité signifie : utiliser des contenus pluriels, créer un environnement visuel inclusif, remettre en question les narratifs dominants, soutenir un personnel diversifié et offrir des espaces d’expression respectueux.
La représentativité est un acte éducatif et transformationnel. Elle oblige à se poser des questions fondamentales : Qui est visible dans son école? Quelles personnes sont absentes? Quelles histoires sont racontées ou oubliées dans les pratiques quotidiennes?
Le plurilinguisme
Le plurilinguisme reconnaît que parler plusieurs langues est une richesse et non un frein à l’apprentissage.
En milieu scolaire, cela signifie :
Le rôle des cadres
En tant que leader en éducation, promouvoir une pédagogie culturellement sensible implique des actions concrètes.
Voici des exemples :
Une culture de collaboration soutenue (partenariats – familles, élèves, écoles, communautés, services, cadres)
Une culture de collaboration soutenue repose sur des relations de confiance, de réciprocité et de coresponsabilité, ancrées dans une vision commune de l’éducation fondée sur l’équité, la justice sociale et l’inclusion. Elle ne se limite pas à des consultations ponctuelles, mais s’incarne dans des partenariats durables, authentiques et structurés entre les écoles, les familles, les élèves, les communautés, les services et les cadres.
Les recherches et les pratiques en éducation montrent que l’engagement actif et continu des partenaires, particulièrement des familles et des communautés, favorise la réussite des élèves, leur appartenance et leur bien-être, tout en renforçant le tissu social autour de l’école.
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Par quels principes et indicateurs une culture de collaboration équitable se distingue-t-elle?
Explorer le principe et les indicateurs du Partenariat école-famille-communauté (Le Centre franco).
Comment établir ou encourager un dialogue et un partenariat éducatif et inclusif?
Explorer les témoignages du Partenariat éducatif et inclusif (PSAC) (Le Centre franco).
Quelles sont les pratiques pédagogiques équitables et inclusives visant l’engagement des familles et de la communauté et dont les incidences sont liées à la réussite scolaire?
Explorer la capsule Partenariat école-famille-communauté (Le Centre franco).
Comment bâtir des relations efficaces avec les familles nouvellement arrivées?
Explorer les témoignages du Partenariat éducatif et inclusif (PSAC) (Le Centre franco).
Comment contribuer à une meilleure compréhension des effets des approches plurilingues dans l’enseignement des compétences en littératie?
Explorer le site Web Les approches plurilingues – La collaboration école-famille (Le Centre franco).
Une culture de collaboration soutenue ne se décrète pas, elle se construit dans le temps par l’écoute, la transparence et l’engagement mutuel. C’est un levier puissant pour transformer l’école en un véritable espace collectif porteur de sens, de solidarité et de réussite partagée.
La justice réparatrice
La justice réparatrice est une approche fondée sur les relations, la responsabilisation, l’empathie et la réparation des torts. Contrairement aux approches punitives traditionnelles, elle ne cherche pas à punir, mais plutôt à restaurer les liens, à reconnaître les préjudices causés et à coconstruire des solutions dans une optique de transformation.
En milieu scolaire, la justice réparatrice est axée sur des pratiques de gestion des conflits et de discipline qui misent sur le dialogue, l’écoute active, la prise de responsabilité et la réparation concrète des torts. Elle s’enracine dans une compréhension profonde des dynamiques de pouvoir, des blessures relationnelles et des réalités identitaires.
Vers un climat scolaire humain et relationnel
La justice réparatrice contribue à établir un climat scolaire plus humain, bienveillant et propice à l’apprentissage relationnel. Elle encourage les membres de la communauté scolaire à adopter des comportements inclusifs.
Voici des exemples :
Selon le document Relations saines : lutte contre la cyberviolence et la cyberintimidation (Ontario Principals’ Council, 2022), ces pratiques transforment non seulement les comportements, mais aussi la culture même de l’école, en passant d’une logique de contrôle à une logique de guérison, de responsabilisation et de croissance.
Une réponse équitable aux injustices systémiques
Le rapport Rêves repoussés : faire face au racisme et à la discrimination envers les Noirs dans le système d’éducation publique en Ontario (2024), de la Commission ontarienne des droits de la personne, souligne l’urgence d’adopter des approches réparatrices dans un système scolaire où les élèves des communautés noires, autochtones et pouvant subir du racisme, se font souvent cibler de manière disproportionnée par des mesures disciplinaires punitives.
La justice réparatrice présente plusieurs bienfaits :
Des pratiques à implanter
Plusieurs pratiques de justice réparatrice peuvent être adaptées au milieu scolaire.
Voici des exemples :