Pratiques pédagogiques et relations communautaires

Objectif

Soutenir le développement de pratiques pédagogiques inclusives, équitables et culturellement sensibles, tout en favorisant des relations authentiques et réciproques avec les communautés afin de créer des milieux d’apprentissage ancrés dans la justice sociale, la réussite et l’appartenance pour chaque élève en contexte francophone minoritaire.

Exemples de démarches liées à la décolonisation à différents niveaux du système scolaire

Les exemples suivants illustrent des actions concrètes pour incarner les principes de décolonisation, de réparation, de collaboration et de reconnaissance des savoirs autochtones.

Au conseil scolaire – Changer les structures et les partenariats

Exemple : Mise en place d’un comité d’éducation autochtone décisionnel

Chaque conseil scolaire doit créer un comité permanent composé de personnes aînées, de personnes représentant les communautés autochtones locales, de parents autochtones, de membres du personnel et d’élèves autochtones. Ce comité ne se contente pas de revêtir un rôle consultatif. Il codécide des orientations, des ressources pédagogiques ainsi que des approches d’accompagnement culturel et spirituel, en plus de participer à la planification stratégique.

Autres exemples :

Révision des politiques du conseil scolaire en utilisant une approche axée sur la décolonisation (par exemple, territoire, relations, représentation, langues).
Intégration systémique des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) dans les priorités du conseil scolaire.
Inclusion de la reconnaissance du territoire dans tous les documents officiels et événements, accompagnée d’une explication éducative.

À l’école – Changer la culture et les pratiques relationnelles

Exemple : Création d’un espace culturel autochtone vivant

Une école transforme un local en espace culturel autochtone permanent, en le coconstruisant avec la communauté. Ce local accueille des cercles de parole, des ateliers de savoirs traditionnels, des rencontres avec des personnes gardiennes du savoir, ainsi que des rituels d’ouverture et de fermeture. Les élèves peuvent y aller pour se ressourcer, recevoir du soutien ou apprendre dans un cadre non colonial.

Autres exemples :

Adoption d’un calendrier scolaire plus inclusif (cérémonies saisonnières, Journée du chandail orange, etc.).
Établissement de partenariats durables avec des communautés autochtones locales pour coconstruire des projets scolaires.
Mise en place de rituels d’ouverture d’événements menés par les membres de la communauté autochtone (par exemple, cercle de la parole, allumage du feu sacré, cérémonie de l’eau).

En salle de classe – Changer les contenus et les approches pédagogiques

Exemple : Enseignement des sciences intégrant des savoirs autochtones (Two-eyed seeing)

Une personne qui enseigne, en collaboration avec une personne gardienne du savoir, intègre dans ses cours de sciences les connaissances traditionnelles autochtones au sujet des plantes médicinales, du cycle de l’eau ou des astres. Elle prend en compte les perspectives autochtones et occidentales, tout en valorisant la légitimité des deux.

Autres exemples :

Lecture et analyse d’œuvres écrites par des artistes littéraires autochtones dans les cours de français.
Enseignement de l’histoire coloniale et des pensionnats au moyen des récits de personnes survivantes en y incluant des démarches de mémoire et de réparation.
Révision des évaluations et des critères pour y inclure différentes façons de montrer l’apprentissage (orales, artistiques, symboliques, collectives).

Pratique réflexive

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La pédagogie anti-oppressive

La pédagogie anti-oppressive est une approche éducative transformatrice qui vise à reconnaître, à remettre en question et à démanteler les systèmes d’oppression tels que le racisme, le sexisme, le capacitisme, l’homophobie, la transphobie, le colonialisme, la xénophobie et le classisme. Elle repose sur une compréhension critique des structures sociales et institutionnelles qui perpétuent les inégalités, souvent de façon normalisée ou invisible. Cette approche va au-delà de la sensibilisation ou de la tolérance, puisqu’elle exige un engagement actif, tant personnel que collectif.

Voici trois actions clés pour concrétiser cet engagement :

Déceler les dynamiques de pouvoir dans l’enseignement, l’évaluation, les relations et les attentes.
Nommer les injustices et intervenir même lorsqu’elles sont subtiles, implicites ou systémiques.
Créer des espaces d’apprentissage sécuritaires, affirmatifs et libérateurs dans lesquels chaque élève affirmer pleinement son identité, sans avoir à se conformer à des normes dominantes.

Une démarche critique et intersectionnelle

Selon le document Anti-Oppressive Framework : A Primer (Elementary Teachers’ Federation of Ontario, 2024), la pédagogie anti-oppressive repose sur les principes suivants :

Elle s’appuie sur une analyse intersectionnelle des oppressions (la façon dont interagissent le genre, les origines ethnoculturelles, la classe, l’orientation sexuelle, les capacités, etc.).
Elle met l’accent sur la conscience de soi du personnel éducatif qui doit comprendre ses propres identités, privilèges et biais cognitifs pour ne pas reproduire la marginalisation.
Elle vise à déstabiliser les hiérarchies implicites dans le lien entre l’élève et la personne qui enseigne, les normes scolaires, les modes d’apprentissage valorisés ou les attentes comportementales.

La justice sociale comme approche pédagogique

La justice sociale en éducation cherche à garantir que chaque élève bénéficie d’un accès équitable aux ressources, aux possibilités et à la reconnaissance, peu importe son identité ou son contexte. Elle repose sur une démarche qui va au-delà de l’inclusion. Elle vise à interroger les normes dominantes, à réduire les inégalités structurelles et à promouvoir la dignité humaine. Cette approche appelle à transformer en profondeur les politiques, les pratiques, les relations de pouvoir et les attitudes au sein des milieux d’apprentissage.

Deux dimensions essentielles : positionnement et réflexivité

D’après Kelly, Brandes et Orlowski (2004), le personnel enseignant engagé dans l’éducation à la justice sociale développe deux compétences clés, soit prendre position et agir avec réflexivité.

Prendre position
Les membres du personnel enseignant ne restent pas neutres. Ils reconnaissent que toute intervention pédagogique est politique. Le personnel choisit alors de s’engager activement en faveur de l’équité. Cela implique de reconnaître explicitement les inégalités et de soutenir l’action collective (grèves, mobilisations, débats critiques).
Agir avec réflexivité
Les membres du personnel enseignant doivent constamment remettre en question leurs propres valeurs, identités et privilèges, ainsi que la manière dont ces éléments influencent leur enseignement. Le personnel enseignant est toujours engagé dans les mêmes structures qu’il cherche à transformer, ce qui exige un travail introspectif continu.

Implications pour les leaders scolaires

En tant personne exerçant un leadership éducatif, il importe de mettre en œuvre les actions suivantes.

Exigence Ce que cela implique
Soutenir le développement professionnel. Former et accompagner les équipes à prendre position et à développer la réflexivité requise pour la justice sociale.
Encourager des pratiques démocratiques. Favoriser des espaces d’apprentissage où les élèves et le personnel enseignant explorent les enjeux sociaux liés à leur réalité.
Évaluer le curriculum au moyen d’un regard critique. Déconstruire les savoirs enseignés, les enrichir en y incluant des perspectives marginalisées et situer le contexte politique des contenus.
Assurer la sécurité des initiatives critiques. Créer des conditions où le personnel enseignant peut aborder librement des sujets sensibles sans crainte de représailles.

La justice sociale en tant qu’approche pédagogique exige un leadership conscient, engagé et introspectif qui va bien au-delà des bonnes intentions. Ce leadership est axé sur des prises de position claires, une action structurante et une posture réflexive qui transforme véritablement les milieux scolaires. Explorer la stratégie CODE (Le Centre franco) pour agir à l’aide du courage moral pour la justice sociale.

La pédagogie sensible et adaptée à la culture

Une pédagogie sensible et adaptée à la culture reconnaît que chaque élève apprend en se basant sur sa culture, sa langue, ses expériences et son identité. Elle vise à créer des environnements d’apprentissage significatifs, inclusifs et bienveillants dans lesquels l’héritage culturel de chaque personne est valorisé en tant que ressource et non vu comme un obstacle.

La représentativité

La représentativité est un pilier fondamental de la pédagogie sensible et adaptée à la culture. Elle fait en sorte que les élèves puissent se reconnaître dans les contenus, les récits, les approches pédagogiques, l’environnement scolaire et les personnes qui les accompagnent. Cela va bien au-delà de l’ajout ponctuel d’éléments culturels visibles. Il s’agit de valider pleinement les identités, les expériences, les savoirs et les visions du monde de chaque élève.

La représentativité contribue au sentiment de dignité et de légitimité. Elle renforce l’estime de soi, le sentiment d’appartenance, l’engagement scolaire et le bien-être. À l’inverse, l’absence de représentativité ou une représentation stéréotypée peut engendrer un sentiment d’exclusion, d’invisibilité ou de désengagement.

Le rapport Rêves repoussés : faire face au racisme et à la discrimination envers les Noirs dans le système d’éducation publique en Ontario (2024), de la Commission ontarienne des droits de la personne, illustre clairement ces enjeux. Des élèves de la communauté noire y témoignent de leur expérience d’invisibilité dans les ressources pédagogiques, les postes d’autorité et les références scolaires. Ce manque de représentativité nuit à leur motivation, limite leur projection dans des rôles de réussite et alimente un sentiment d’exclusion systémique.

Favoriser la représentativité signifie : utiliser des contenus pluriels, créer un environnement visuel inclusif, remettre en question les narratifs dominants, soutenir un personnel diversifié et offrir des espaces d’expression respectueux.

La représentativité est un acte éducatif et transformationnel. Elle oblige à se poser des questions fondamentales : Qui est visible dans son école? Quelles personnes sont absentes? Quelles histoires sont racontées ou oubliées dans les pratiques quotidiennes?

Le plurilinguisme

Le plurilinguisme reconnaît que parler plusieurs langues est une richesse et non un frein à l’apprentissage.


En milieu scolaire, cela signifie :

Créer des espaces où les élèves peuvent parler toutes leurs langues (langue d’origine, langue familiale, langue d’affinité).
Reconnaître et valider l’identité linguistique des élèves dans les interactions quotidiennes.
Impliquer les familles dans la vie scolaire grâce aux langues qu’elles parlent.
Adopter des approches plurielles des langues et des cultures en vue de développer la curiosité et l’ouverture sur le monde.

Le rôle des cadres

En tant que leader en éducation, promouvoir une pédagogie culturellement sensible implique des actions concrètes.


Voici des exemples :

Outiller le personnel scolaire pour reconnaître et intégrer les identités et les vécus culturels des élèves dans la planification pédagogique.
Mettre en place des formations et des communautés de pratiques axées sur la pédagogie sensible et adaptées à la culture (PSAC).
Analyser les ressources et les programmes scolaires sous l’angle de la représentativité.
Créer des politiques linguistiques inclusives qui soutiennent le plurilinguisme.
Collaborer activement avec les familles et les communautés pour enrichir l’environnement scolaire.

Une culture de collaboration soutenue (partenariats – familles, élèves, écoles, communautés, services, cadres)

Une culture de collaboration soutenue repose sur des relations de confiance, de réciprocité et de coresponsabilité, ancrées dans une vision commune de l’éducation fondée sur l’équité, la justice sociale et l’inclusion. Elle ne se limite pas à des consultations ponctuelles, mais s’incarne dans des partenariats durables, authentiques et structurés entre les écoles, les familles, les élèves, les communautés, les services et les cadres.

Les recherches et les pratiques en éducation montrent que l’engagement actif et continu des partenaires, particulièrement des familles et des communautés, favorise la réussite des élèves, leur appartenance et leur bien-être, tout en renforçant le tissu social autour de l’école.

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Une culture de collaboration soutenue ne se décrète pas, elle se construit dans le temps par l’écoute, la transparence et l’engagement mutuel. C’est un levier puissant pour transformer l’école en un véritable espace collectif porteur de sens, de solidarité et de réussite partagée.

La justice réparatrice

La justice réparatrice est une approche fondée sur les relations, la responsabilisation, l’empathie et la réparation des torts. Contrairement aux approches punitives traditionnelles, elle ne cherche pas à punir, mais plutôt à restaurer les liens, à reconnaître les préjudices causés et à coconstruire des solutions dans une optique de transformation.

En milieu scolaire, la justice réparatrice est axée sur des pratiques de gestion des conflits et de discipline qui misent sur le dialogue, l’écoute active, la prise de responsabilité et la réparation concrète des torts. Elle s’enracine dans une compréhension profonde des dynamiques de pouvoir, des blessures relationnelles et des réalités identitaires.

Vers un climat scolaire humain et relationnel

La justice réparatrice contribue à établir un climat scolaire plus humain, bienveillant et propice à l’apprentissage relationnel. Elle encourage les membres de la communauté scolaire à adopter des comportements inclusifs.


Voici des exemples :

Bâtir des relations de confiance et de respect mutuel.
Reconnaître la portée de leurs gestes sur autrui.
Dialoguer dans les moments de tension ou de conflit plutôt que de recourir à l’exclusion.
Réparer les liens brisés, en tenant compte des besoins de la personne lésée et de celle qui a causé le tort.
Renforcer la cohésion collective et prévenir la récidive en abordant les causes profondes des comportements.

Selon le document Relations saines : lutte contre la cyberviolence et la cyberintimidation (Ontario Principals’ Council, 2022), ces pratiques transforment non seulement les comportements, mais aussi la culture même de l’école, en passant d’une logique de contrôle à une logique de guérison, de responsabilisation et de croissance.

Une réponse équitable aux injustices systémiques

Le rapport Rêves repoussés : faire face au racisme et à la discrimination envers les Noirs dans le système d’éducation publique en Ontario (2024), de la Commission ontarienne des droits de la personne, souligne l’urgence d’adopter des approches réparatrices dans un système scolaire où les élèves des communautés noires, autochtones et pouvant subir du racisme, se font souvent cibler de manière disproportionnée par des mesures disciplinaires punitives.


La justice réparatrice présente plusieurs bienfaits :

Elle offre une solution de remplacement équitable aux suspensions et aux expulsions qui renforcent les inégalités.
Elle favorise des interventions contextualisées, non stigmatisantes.
Elle favorise la prise en compte des réalités identitaires et des traumatismes vécus.
Elle contribue à réduire la surreprésentation des élèves vivant des situations de marginalisation dans les mesures disciplinaires.

Des pratiques à implanter

Plusieurs pratiques de justice réparatrice peuvent être adaptées au milieu scolaire.


Voici des exemples :

Des cercles de parole qui favorisent l’écoute, la compréhension mutuelle et la cohésion de groupe.
Des rencontres de réparation au cours desquelles les personnes concernées se rassemblent pour nommer les torts, comprendre les répercussions de ceux-ci, et coconstruire une réparation.
Des ententes restauratrices qui établissent un engagement clair envers des actions concrètes de réparation.
Un protocole d’intervention centré sur la restauration plutôt que sur la sanction automatique.
Une formation du personnel scolaire et des élèves au sujet de l’approche réparatrice et des compétences relationnelles (écoute, empathie, gestion des émotions, etc.).